Un festival qui change notre regard sur le monde

Catégorie : 2015-2016

UN FESTIVAL QUI CHANGE NOTRE

VISION SUR LE MONDE

 

Daniel Berehulak, Monrovie, Liberia, 31 août 2014

 

       Le festival visa pour l'image est un festival de photojournalisme se déroulant à Perpignan en  août et septembre. C'est vraiment un festival merveilleux. Quand on en ressort, on est chamboulé, des images plein la tête et notre vision du monde est différente. Mieux que tous les journaux télévisés du monde, ce festival nous donne l'actualité en une journée.

 

        Ma photo préférée et sans doute celle-ci, prise à Monrovia, au Liberia, le 31 août 2014, par le photographe australien Daniel Berehulak, de l'agence Getty Images. A cette période, le Liberia, petit pays d'Afrique, est ravagé par une forte épidémie, due au virus Ebola. La petite fille que l'on voit sur cette photo est justement atteinte du virus.

        Quand j'ai regardé cette photo pour la première fois, je me suis sentie en colère. J'étais en colère contre ce médecin, car je trouvais qu'il portait la petite fille non pas comme un être humain malade, mais comme une chose sans importance. Ensuite, j'ai refléchi, car je trouve qu'une photo fait beaucoup réfléchir, et je me suis rappelée que le virus Ebola était un virus très contagieux. Le médecin essayait donc d'être le moins possible en contact avec la malade pour éviter d'être contaminé. Malgré cela, je ne peux m'empêcher de ressentir de la colère, de la pitié, de la peine, de la compassion à l'égard de cette petite fille. Voir cette enfant malade, traitée comme ça me touche et me révolte.

        La légende aussi est très forte : « Esther DORYEN (5 ans) est portée dans une ambulance pour être emmenée au centre de traitement Ebola géré pas Médecins sans frontières. Elle est décédée une semaine plus tard. » Elle dramatise la photo, car elle nous apprend la mort de cette petite fille, qui est juste sous nos yeux. On a du mal à se l'imaginer.

 

         Daniel Berehulak, a voulu nous montrer la catastrophe des conséquences du virus Ebola et nous montrer aussi que, malheureusement, on ne pouvait pas faire grand-chose pour ces gens malades. Il nous le fait comprendre en nous mettant dans une position très embarrassante. En effet, il nous met à la place de la foule qu'on imagine sur les côtés et qui ne bouge pas. On se sent impuissant face à cette photo, tout comme les personnes que l'on voit au second plan, regarder la scène, sans pouvoir rien faire. On a envie d'aller aider cette petite fille, de la prendre dans ses bras, mais on sait que c'est impossible. On se sent démuni.

 

          Cette photographie est centrée sur la petite fille et le médecin, qui sont les éléments importants. Par exemple, la ligne d'horizon que l'on aperçoit tout au fond, nous donne l'impression que cette scène est coupée du monde, tellement la ligne nous paraît loin. On se sent étouffé, enfermé par les maisons du second plan.

 

       Notre regard se dirige instantanément vers la petite fille et le médecin. Les vêtements roses d'Esther, (qui représentent un peu la vie, l'enfance, l’insouciance) tranchent avec la combinaison blanche du médecin. Dans l'ensemble, les couleurs sont plutôt froides et claires. Le fait qu'Esther soit habillée de rose, est encore plus troublant, car on imagine très bien quelques jours avant, une petite fille pleine de vie, ignorant ce qui allait lui arriver. A droite de la photo, un agent d'entretien désinfecte la zone où était couchée la petite fille. Au second plan, une voiture de police surveille la foule qui observe la scène de loin.

 

           Comme le dit si bien le fondateur et directeur du festival, Jean-François LEROY, nous avons commencé à parler du virus Ebola, au moment où une infirmière espagnole a été soupçonnée d'être contaminée. Ce reportage, nous fait réaliser ce qui c'est vraiment passé et nous en dit un peu plus sur les conséquences, si peu médiatisées en France.

 

         Lors de notre rencontre avec Jean-François Leroy, il nous disait : « Si pendant les quinze jours qui vont suivre votre visite, une photo vous obsède et vous revient sans cesse à l'esprit, alors j'aurai atteint l'objectif de ce festival. » Je peux dire aujourd'hui, que l'objectif que c'était fixé Jean-François Leroy, est très bien atteint.

 

 

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par Léa CARLES le 30 sept. 2015 à 06:23

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